Chapitre 1

Où les acteurs principaux ainsi que les lieux et le moment d'une grotesque pièce sont campés.
Comment un miraculeux caprice du destin semble sauver Elric de la mort.
Levez les rideaux. La tragi-comédie peut commencer; la marionnette tristement humaine est prête à s'agiter pour vous; Princesses, Princes et autres membres de l'Aristocratie infernale.




Lorsqu'Elric mourut, l'indéfinissable essence qui fait qu'Elric est simplement Elric, un albinos à la pâleur mortelle, au regard démoniaque et pas l'ensemble de ses incarnations ; ce que les hommes du commun appellent « âme », fut sauvegardé et d'une manière ou d'une autre, partiellement ou totalement, renvoyé à une époque que le monarque melnibonéen aurait qualifié de fort lointaine.
En cette ère mystérieuse et reculée, les sublimes et dangereux habitants de Melniboné venaient juste de quitter leur terre natale et le Chaos prenait peu possession de ses nouvelles ouailles.

***

« Il semblerait que ma tare congénitale se soit envolée en même temps que Stormbringer. », chuchota Elric, qui ne pouvait se faire à son nouveau patronyme. Il était présentement un petit noble parmi tant d'autres, affairé dans la cité en pleine effervescence, travaux en tous genres et libations aux princes démons, et Arioch en particulier.
Et ce noble ne put retenir un frisson lorsqu'il toucha la courbure lisse et rosée, bien que pâle, de son visage que surmontaient de noirs cheveux, d'un ébène aussi profond que l'avait été l'ivoire de ceux de l'ancien albinos. Une larme de rage, de frustration et quelque peu d'effroi et de tristesse, il dût bien le reconnaître, brilla à peine perceptible au coin de ses yeux en amande et d'un vers lumineux.
« Ne pourrai-je donc jamais connaître la paix ? Du moins Arioch ne semble-t-il pas avoir perçu ma présence. Peut-être est-ce une volonté de la Balance ? Une décision de dernière minute... »
Et cette fois, ce fut une partie de son être qu'il ne connaissait pas, une partie qu'il avait acquise en même temps qu'il en avait perdue une autre, un fragment pétri d'espérance et d'une nouvelle force, animale, sauvage et vivante. Ce que l'engeance décadente et agonisante (Ô combien longue agonie !) dont il faisait en apparence partie n'avait jamais connu auparavant.
Comme les autres jours depuis qu'il était là ; Elric sortit, habillé de vêtements simples, sobres et d'un blanc lumineux. Il laissait la gestion des affaires de sa maison aux servantes et servants peu suspicieux, comme le sont d'ordinaire les gens du commun vis à vis de la haute bourgeoisie ou de la noblesse melnibonéenne. A la fois empreints de méfiance et de peur et donc par là même soucieux de ne point s'attirer les foudres de leur « protecteur ».
Alors qu'il s'enivrait des parfums entêtants et quelque peu malsains s'échappant d'une rue emplie d'étals où se mouvaient les ombres habitants les bas quartiers, une charmante femme s'approcha de lui. Elle était belle, très belle en vérité, toute de noir vêtue dans ses atours baroques, et une impression ténue d'infantilité émanait d'elle, renforcée par la coiffure extravagante de ses cheveux teints en rouge sang par certains artifices. Impression que démentait fermement la lueur de son regard faite d'une perversité pure et débridée toute melnibonéenne, où cependant se mêlait —peut-être ?— un soupçon de tristesse.
Trop tard, alors qu'il émergeait de ses réflexions, Elric tenta d'esquiver et de parer la dague venue se ficher entre deux de ses côtes. La venimeuse inconnue ne se priva pas de la joie toute professionnelle de tourner aussitôt la lame dans la plaie, fouaillant les chairs.
Une subtile transformation s'était également opérée concernant la morphologie de l'ancien Loup Blanc. Il était toujours finement élancé, mais ses muscles s'étaient faits plus vigoureux
—bien que leur volume n'avait pas beaucoup changé— et il s'était élargi au niveau des épaules et du buste, très légèrement. Aussi n'eut-il aucune difficulté à imprimer une force suffisante au poignet de la trop belle et trop jeune femme ; de façon à obtenir une clé et à lui faire lâcher la garde. Il l'amena à terre, sans la ménager, et lui asséna un formidable coup sur le front. La tête de la meurtrière heurta violemment le sol, en un bruit sourd.
Elric s'était retenu de la tuer, sachant le front particulièrement dur et n'étant pas un point vital ; ce qu'il n'aurait jamais fait il fut un temps, fou de haine et de douleur comme il l'était.
Ce qu'il savait, c'est que la personne qui l'avait employée se chargerait certainement de mener à bien ce qu'il n'avait pas fini s'il la laissait là. Egalement, si son meurtre avait été commandité par quelqu'un d'important, l'échec d'une tentative n'en empêcherait certainement pas d'autres ; donc le fait de la sauver ou non ne lui serait pas supérieurement préjudiciable dans un cas comme dans l'autre. Le fait est qu'il la souleva de terre, grimaçant de souffrance, et la porta longuement jusqu'à ce qu'il se refusait à appeler sa demeure.
Lorsque Lilith s'éveilla, car c'est comme cela qu'elle prétendait s'appeler, sa première réaction fut d'écarquiller les yeux. Elric supposa que c'était la présence du poignard encore fiché profondément en son flanc, la garde visible au milieu des bandages très serrés, qui lui faisait cet effet ; ou la pilosité de son torse —les melnibonéens étant tous imberbes ou quasiment. Malgré sa résistance nouvellement acquise, redevable en rien à une hypothétique épée maudite, il serait mort si la dague avait touché le poumon. Fallait-il en déduire que la disposition même de ses organes internes avait changé ? Car une assassine, melnibonéenne de surcroît, n'aurait jamais manqué toucher au but lors d'une opportunité telle qu'elle s'était présentée.
Devait-il sa survie à sa neuve humanité (car il fallait bien se résoudre à l'appeler ainsi) ou à une soudaine compassion de l'agresseur? Non, cette dernière hypothèse était impossible. N'empêche qu'il était décidé à ne point user de torture envers elle.
« Que me veut ton maître ? »,articula clairement Elric.
Mais la fille ne répondit pas. Il se rendit compte à ce moment là que ce n'était pas lui qu'elle observait mais quelque chose situé au delà. Il tourna lentement la tête vers la lucarne située derrière lui, près du plafond de la crypte et ce qu'il vit provoqua instinctivement chez lui des sueurs froides. Un masque parfaitement lisse, métallique et inexpressif, muni seulement de deux étroites fentes pour permettre la vision ; arboré par une silhouette lointaine, tout en haut d'un édifice. Sans savoir pourquoi son c½ur se glaça. Il jeta un ½il à Lilith et vit sa tête, amorphe. Elle était inconsciente.
« Le poison », se dit Elric. « Quel imbécile! Comment ai-je pu négliger cette éventualité ? »

***

Il repoussa le cadavre du bout de la botte afin qu'il s'abîme dans les eaux du canal.
Elric avait senti l'imminence du danger et s'était échappé du manoir anonyme en périphérie de la vaste cité, après avoir traversé moult ruelles sombres et malodorantes. Bien lui en prit, car il n'en restait alors pas grand chose...Heureusement, les règlements de compte étaient fréquents même s'ils n'étaient reconnus qu'officieusement et personne ne s'insurgerait d'une perte plus que négligeable.
Elric s'inquiétait de l'identité de la personne en ayant après lui. Il hésitait entre un personnage important ayant une inimité avec celui dont il occupait actuellement le corps où une manifestation plus insidieuse des ennemis qui étaient siens. Une certitude aveugle lui soufflait confusément de rester sur ses gardes et que l'hostilité en question n'avait rien de celle d'une personne ordinaire.
« Elle me paraissait bien moins lourde au jugé. », fit-il lorsqu'il entendit le bruit d'éclaboussure en contrebas. Le bruit de la souche réveilla Lilith sans qu'Elric s'en aperçoive et celle-ci ouvrit des yeux hébétés. Le poison d'origine végétale libéré lorsqu'elle avait arraché une de ses dents devait encore faire effet. Comble de l'ironie, une cousine fort connue de la plante usée pour élaborer la substance mortelle était, quant à elle, utilisée pour calmer les douleurs dentaires en tous genres. Elric sourit à cette pensée.
« Heureusement que j'ai quelques rudiments en herboristerie », se dit-il, « sans cela elle serait décédée à l'heure qu'il est. »
Ce n'était pas de l'arrogance. Ce commentaire relevait du simple constat. De longues années passées dans un corps déficient que seules certaines toxines naturelles sauvaient de la débilité la plus totale lui avaient enseigné les propriétés de certains végétaux.
Cela lui serait certainement utile. Quelques herbes aux propriétés magiques lui permettraient probablement de se servir de ses aptitudes surnaturelles ; car Elric s'était bien sûr rendu compte que ses pouvoirs autrefois innés et plus développés que chez nul autre étaient aujourd'hui —a priori— absolument absents.
Pour l'heure, il est possible que cette impression familière —savoir sans connaître l'objet de ce savoir— en fusse responsable, quoiqu'il en soit une langueur particulière s'empara de lui et c'est avec une nostalgie douloureuse, presque avec amertume, qu'il observa le reflet des flammes de la bâtisse où il s'était mu quelques instants auparavant sur le miroir changeant de la surface des eaux et sur la peau de Lilith, aussi veloutée que celle d'une enfant...
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# Posté le dimanche 30 décembre 2007 09:56

Modifié le dimanche 27 avril 2008 04:36

La mort dans l'âme... Décidément on en parle beaucoup trop sur ce blog!...

La mort dans l'âme... Décidément on en parle beaucoup trop sur ce blog!...
T_T
Il n'y a aucun commentaire laissé par d'éventuels gentils lecteurs! Je m'étais dit que je ne posterais pas la suite tant qu'il n'y aurait pas des commentaires, à défaut d'avoir de nombreuses visites...Mais je commence à désespérer (je savais que ce serait long mais bon!) alors je mettrai la suite soit ce week-end soit le suivant.
En attendant une petite image d'Elric que j'aime bien...POUR FAIRE PATIENTER QUI?? Je me le demande.
Dans le pire des cas, je n'écrirai que pour toi, Retyar. ;'(


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# Posté le mercredi 09 janvier 2008 12:36

Modifié le dimanche 27 avril 2008 04:36

Chapitre 2

Les cernes de l'homme étaient soulignées par la lueur blafarde d'une torche tenue à bout de bras. Il allait le long de souterrains obscurs et de successions de boyaux étroits, humides et bas de plafond. Son aspect était réellement effrayant, trop mince, le teint cireux et blême ; au beau milieu des égouts Melnibonéen, où seule la vermine la plus immonde résidait.
Il s'élevait de manière irrésistible, en dépit de son apparence cadavérique sa démarche restait ferme, rapide et fluide. Soudain, la raison d'une telle dépravation éclata aux grand jour. Le contraste était saisissant : les lueurs chatoyantes des hautes tours d'Imrryr la merveilleuse, la cité qui rêve, dont les tons se situaient dans la gamme de verts profonds, parfois de bleu surnaturels, ;projetaient à partir des bords des cicatrices de son flanc des ombres inquiétantes et révélaient une effroyable nuance violacée à noirâtre, s'étendant depuis la plaie suintante de pus.
L'empereur des ruines n'avait vraiment pas fière allure. Depuis quelques temps déjà, il s'était enfuit ici afin d'échapper à un péril toujours inconnu, et ce avec...
« Lilith ! », articula Elric, entre la plainte de l'enfant boudeur et le constat désespéré de l'homme abandonné.
La créature à la grâce féline émergea à l'angle d'un bâtiment.
« -Je vais mieux. Ne t'inquiète pas. » et dans sa voix pointait une once de regret, comme si ce qui était advenu d'elle n'aurait pas dû être.
« -Il ne faut pas... » Sa voix s'éteignit peu à peu, pour disparaître dans un murmure.
« -Je sais, je sais. » Cette fois Lilith semblait exaspérée. Elle ne comprit pas tout de suite ce qui s'était passé.

***

L'éclat du soleil lui fit cligner des yeux. Elric sentit les embruns de la mer et comprit tout de suite qu'ils s'étaient expatriés vers des terres où ils ne sauraient être reconnus : celles des Jeunes Royaumes.
« Lilith ? Où sommes-nous ?
-Sur la côte, quelque part à l'est, à deux heures de marche cadencée de la cité.
-Mais je croyais que...
-Elric, tu sais bien que nul n'accepterait nos présences sur un navire : nous sommes mille fois trop reconnaissables ! »
Le jeune homme n'en pouvait plus à force d'inaction. Cette fois sa blessure semblait saine et à peu près cicatrisée. La lumière se fit dans son esprit , tout était clair ! puisqu'il n'existait aucune retraite par voie de terre, que la mer leur était interdite, seuls les airs subsistaient. Il fit part à sa compagne de ses intentions.
« Tu es fou. Fou à lier ! Jamais nous n'y arriverons.
-Nous, non. Mais moi, si. »
L'audace du plan serait peut être la clé de son succès. Qui, en effet , oserait s'en prendre aux majestueux dragons de l'île éponyme ?
« -Je partirai en fin d'après-midi, pour arriver tard dans la soirée. On peut distinguer Imryrr d'ici. Ensuite, j'aviserai lorsque je serai dans les cavernes.
La nuit venue, Elric s'approcha à pas feutré d'un des gardes patrouillant sur l'un des multiples quais de la cité. Avant de l'abandonner aux eaux glacées, après l'avoir rapidement étranglé, il s'empara du long sabre légèrement courbe qu'il portait au côté. Il s'en ceignit et continua son investigation silencieuse, préférant contourner la garde et les personnes n'obéissant pas au couvre-feu.
La milice grouillait aux abords des bâtiments. Parfois, Elric s'en tirait de justesse.
« -Tiens, c'est curieux j'aurais cru que l'entrée des cavernes serait mieux surveillée en cette époque où les dragons sont encore très actifs... »
Mais il finit par se dire que justement, les dragons se gardaient très bien tous seuls... Cela le fit sourire. Il fléchit ses jambes sans quitter sa proie du regard, tout en saisissant son sabre et en le penchant vers le bas et le dégaina, vif comme l'éclair, dans un mouvement de bas en haut et en diagonale. La carotide et la trachée avaient été sectionnées du même coup. L'immonde gargouillis provoqua tout de même une réaction de la part du second garde qui avait l'air d'être plus vigilant. Elric, qui avait prévue éventuelle réaction, projeta un couteau dans sa direction . Il pesta, car le garde avait effectué une esquive qui avait d'ailleurs été inutile car la lame ne l'aurait quand même pas touché. Au moins n'avait-il pas pu appeler des renforts. Le prédateur fondit sur lui, sabre au clair au côté de son visage. La surprise se lit sur les traits de l'agressé et il n'entreprit même pas d'attaquer, comme Elric s'y attendait dans la posture puissante mais peu orienté en défense qu'il avait adopté. Il attaqua donc et effleura le jeune garde à l'épaule, qui se révélait décidément particulièrement coriace et résolu à survivre. Il enchaîna immédiatement avec une pique en direction de son ventre. Cette fois-ci, il para , un peu moins confus et tenta une riposte foudroyante en remontant à l'oblique directement vers la gorge d'Elric, qui s'en sortit par une chute arrière. Il réessaya une pique en se relevant, que son adversaire esquiva largement par un quart de tour. Au même moment, Elric et le valeureux milicien se visèrent mutuellement la nuque. Le jeune garde abaissa impitoyablement son épée après un quart de tour, en vue de la nuque dénudée d'Elric. Ce dernier encore bas sur ses appuis, tenant son sabre orienté vers le bas, premier tiers au niveau de son nombril ; se releva en tournant, décuplant la vitesse de la coupe et...
Impact.

***

Le jeune garde aurait pu tuer l'intrus, mais au dernier moment il avait stoppé son geste de décapitation, refusant d'emporter Elric avec lui dans la tombe. Bon perdant, il avait reconnu sa défaite un instant avant que sa tête ne quitte ses épaules et avait épargné beaucoup de souffrances, sinon la mort, au Prince.
Celui-ci s'enfonçait progressivement dans les profondeurs des cavernes, au son des respirations rauques de ses occupants. L'odeur de sang et de sueur n'échappa guère longtemps à l'imposante femelle à la tête de tous ses semblables. Elle le jaugea, patiente et sûre de sa force , sage et moins emportée que d'autres de ses congénères moins âgés...
La petite créature rose et à l'odeur alléchante exécuta parfaitement les rites, impériaux qui plus est, mais il y manquait l'essence magique ! Elle ferma les yeux, car l'Homme l'intriguait et lui inspirait confiance, elle se dit qu'il serait toujours temps de reprendre cette confiance par un jet d'acide si elle s'était méprise.
Les deux entités quittèrent donc les cavernes puis s'élancèrent vers le ciel, frais et lumineux. Elric se laissa un moment griser par la vitesse avant de songer à indiquer la direction à sa monture. Il ignorait pourquoi mais il n'eut pas à le faire, car la matriarche l'avait su tout de suite. Pour Elric, le mystère était insoluble car il ne parvenait plus à faire preuve d'une quelconque aptitude à la magie.
La dragonne savait quant à elle que lire dans les pensées de cet être inférieur ne poserait pas problème. Lilith fut ainsi embarquée, en dépit de ses réticences, et l'on mit le cap sur les cités pourpres.
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# Posté le dimanche 20 janvier 2008 13:31

Modifié le dimanche 27 avril 2008 04:37

Commentaires en tous genres...

D'abord, merci aux quelques personnes qui ont décidé de s'intéresser (un tout petit peu) à ce que j'écris^^
Bon cette fois, plus court, mais c'est moi qui décide de la taille des chapitres, je vous zut!! ;)
Mais je vous rassure (ou pas?) vous ne perdez rien pour attendre!! Vous en aurez pour votre argent...
Enfin j'avertis ceux qui ne le sauraient pas, ceci est une nouvelle (et de qualité plutôt limité en plus ^^"... Hé ho, z'allez pas vous plaindre, hein?!!) et pas un roman.
Faites moi de la pub !!! :p Et surtout laissez des commentaires constructifs (pas forcément sur le blog, ça c'est pas grave...)
Un merci tout spécial à Retyar et JiMBo, pour leurs encouragements et leur intérêt (supposé :s) !
A dans quelques semaines pour le prochain chapitre, déjà manuscrit je le rappelle ^^(Et ouais j'ai du boulot moi...nan j'déconne, disons des occupations dans ce cas! ;) )
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# Posté le dimanche 20 janvier 2008 13:40

Modifié le dimanche 27 avril 2008 04:37

Chapitre 3

Le superbe jeune homme se tut un instant et un sourire sardonique se peignit sur ses traits.
« Ton âme est Nôtre, ainsi, tu ne te livreras plus à de pareilles absurdités, lorsqu'Il est à ta portée... »
Le ton presque badin ne laissait rien transparaître de sa terrible fureur. Il était d'ailleurs bien possible qu'une partie des propos qu'il avait tenu fusse inexacte.
L'entité arborant un mystérieux masque mit un temps à répondre, comme si elle prenait soin d'entendre un autre interlocuteur. Elle, en revanche, ne fit rien pour masquer son mécontentement quand un étrange grondement surgit de ... ses lèvres ? En tous cas, le son, qui n'avait rien d'humain, provenait de derrière le morceau de métal qui dissimulait son visage.
L'adolescent à l'irréelle beauté sembla prendre cette inhabituelle déclaration pour un acquiescement.
« Bien. Créature forgée du Chaos, tu serviras le Chaos. »


***


Courant au milieu des échoppes et des marchands d'épices, l'ancien albinos s'arrêta au moment où l'étrange jeune femme s'arrêta de courir, cessant ainsi leur simulacre de poursuite dans l'une des Cités Pourpres encore naissante. Il remarqua à cet instant précis le changement de ton concernant la chevelure de la charmante demoiselle répondant au nom de Lilith, les pigments rouges avaient dû perdre en force jusqu'à disparaître, révélant une superbe crinière châtain clair. Sa peau avait pris une saine couleur ; Elric se prit à méditer sur les faiblesses de son organisme originel, régulièrement il avait dû appliquer un onguent empêchant son épiderme de brûler au contact du soleil, impitoyable. Il se prit alors à songer qu'il était une des rares créatures à être honnie par l'astre du jour lui-même. Le plus terrible des forbans pouvait s'exposer à ce dernier sans craindre plus qu'un autre... Il chassa ces noires pensées en songeant à son bonheur actuel et il en fut d'autant réjoui qu'il venait d'accomplir un exploit. Le traître à son sang sourit de toutes ses dents à cette femme qu'il aimait en songeant qu'il adorerait voir ce cycle vertueux se perpétuer. Ils s'embrassèrent et rentrèrent dans le petit logis qu'on leur prêtait pour peu qu'Elric daigne surveiller une taverne, le soir venu. Lilith permettait leur subsistance à tous deux en exerçant ses talents de danseuse dans le même établissement, aux mêmes horaires.
Ils dormirent paisiblement pendant la nuit , jusqu'au moment où une vive clarté illumina les traits des deux amants.
« Mon aimée, je crois que le jour se lève ! », chuchota Elric, tout sourire. Lilith s'étira et Elric resta allongé, contemplant sa magnifique compagne se dirigeant vers le balcon, tout en langoureux mouvements de hanches .
« Elric... Je ne crois pas qu'il en soit ainsi que tu viens de le dire.
-Comment ça ? Qu'est-ce que cela signifie ? »
Alors il put observer, stupéfait, la magnifique lueur passant par toutes les radiations du spectre lumineux, dont la source était dissimulée par les habitations du port. A force de clignements d'yeux, il comprit en réalité que les sources étaient multiples, 4 ou 5 au moins.
« Probablement un spectacle de nuit, mis en place par quelque riche dignitaire pour fêter le retour ou le départ d'un navire marchand ou d'une frégate... »
Tout à leur joie, ils ne pouvaient envisager qu'il en fusse autrement. Ils se vêtirent à la hâte et bientôt furent bien avancés sur le chemin du port.
Soudain, Lilith fit une remarque qui ne troubla pourtant pas Elric par sa pertinence.
« Elric... Les rues sont désertes... Et l'on dirait ce me semble que toutes les échoppes etc... ont déjà ouvert.
-Ne t'inquiète donc pas. Ne peux-tu constater de la féerie du moment ? A coup sûr tous se sont précipités vers le littoral. » Ainsi, le noble monarque éluda-t-il la question qui ne faisait que le perturber au beau milieu de son songe.
Et ce fut l'odeur du sang, d'une incommensurable tuerie qui les accueillit, une fois parvenu sur les quais. Une foule gigantesque d'inconnus au noir casques, une petite centaine environ, se battait contre une armée d'un demi-million d'hommes, marins, marchands, tire-au-flanc, toutes les forces vives valides mobilisées à la hâte. Ils se faisaient littéralement décimer à chaque instant. En arrière plan, on constatait que chaque source de lumière, au nombre exact de dix, émettait chacune une couleur différente. De temps à autres flottaient de-ci, de-là, d'étranges formes sombres au dessus de cette monumentale boucherie, que Elric ne put identifier, ses yeux trop meurtris pour cela. Il pria instamment Lilith de se mettre à l'abris, mais il n'entendait ni ne comprenait sa propre voix, et c'est empli de douleur et d'une sourde terreur qu'il se mit à chanceler et entendre un chuchotis plus assourdissant que tout le vacarme qui l'entourait.
« Elric... Gynécide... Prince damné ! Rends- toi ! Dépose les armes et viens éprouver mon froid baiser ! »
Vint ensuite une voix de stentor, dans un crescendo, qui couvrit bientôt ce morbide commandement.
« Elric, Urlik, Hawkmoon, Jehrek, Corum,» et ainsi de suite pendant ce qu'il lui sembla être un temps infini, alors qu'une paix envahissait son c½ur mort, « dresses-toi, c'est ta dernière bataille triste sire, combats et luttes pour la possession de ton âme ! »
Et il rouvrit les yeux, plus prêt que jamais de l'endroit où jaillissait un bleu profond. Avec fureur, il tira sa lame et taillada sans répit pendant quelques moments, il cessa lorsqu'il comprit s'en prendre également aux alliés, n'y voyant rien. C'est alors qu'une silhouette se dressa à quelques centimètres de lui, et que derrière la marée humaine se fit compacte au point d'atténuer la lumière crue. C'était les quelques survivants, héros de la cité qui, sans que ne le sache l'Eternel Champion, s'étaient réunis en un dernier espoir. Elric, qui oubliait presque son nom, sentit que c'était miracle que quelques-uns des hommes casqués de noir tombassent au champ d'honneur. Il en ressentit également une grande souffrance chaque fois que cela se produisait. Il comprit également que les étranges ombres qu'il avait cru informes il y avait peu étaient des runes, des runes terribles et aussi anciennes que l'univers lui-même, il frémit et la peur crût en lui au point de lui faire complètement perdre son propre nom. Le loup blanc chût, sans en avoir conscience, et son sabre quittât son poing alors qu'un autre s'approchait de lui, jusqu'à s'abattre très près de son chef, fiché dans le sol. Il rampa tel un misérable insecte nouveau-né, instinctivement, et saisit par la lame son épée sans sentir toutefois la douleur et le sang couler, et dans sa dextre la garde vint finalement se loger. Il plongea la pointe de son arme sous les plaques de l'armure de son ennemi, et immédiatement un éclair se répercuta dans tout son système nerveux, en même temps qu'un flot d'images entrecoupées : une très jeune femme au regard beau et triste, un ciel si bleu, des landes immenses, des visages inconnus, et avec insistance enfin, la douce demoiselle à nouveau . Le c½ur du champion se serra et des flots de larmes coulèrent, il saisit en un frisson le masque dissimulant les traits d'un homme, plutôt d'un gamin, et si le nom de celui-ci lui était une énigme, il leva sa face vers la lune et hurla d'horreur en reconnaissant quelque chose de lui-même en ces traits. Il s'empara de la sombre pièce d'armure et la posa sur ses épaules, aussitôt la luminosité diminua et il vit normalement. En fait il semblait s'agir d'une sorte de matériau transparent teinté de sorte à protéger la vision d'une trop vive clarté. Pour autant la porté défensive n'en semblait pas réduite.
Comme mû par un surnaturel instinct, il sut que s'il restait en ces lieux céans, il ne ferait pas que mourir ; que ce qui se déroulait sous ses yeux était plus étrange et malsain que ce qu'il avait jamais pu connaître. Ainsi, ombre parmi les ombres, il fuit vers les contreforts rocheux encadrant la cité lesquels avaient déjà été investis par les femmes et enfants, mais aussi par nombre d'hommes plus soucieux de leur existence que de leur honneur. Des marchands pour la plupart. Il se rappelait maintenant avoir vu fuir Lilith en cette direction, et avait bon espoir de la rattraper.
Trottant au milieu des chars et autres charrettes, entassés le long de l'archaïque chemin serpentant le long de la falaise, Elric se dit que nombre des dirigeants devaient regretter de n'avoir pas fait subir de travaux à cette voie, peu usitée en raison d'un trafic maritime intense.
Arrivé tout en haut au niveau d'une intersection où débouchait la route pavée longeant parallèlement la côte, il comprit avec stupeur que les rangs ennemis semblaient suivre la migration de la marée humaine, et pria pour que sa compagne fut au moins plus avancée que lui, à défaut d'être pour l'instant en sécurité.
Il réprima un sentiment de culpabilité ainsi qu'un frisson en ayant l'intime conviction que c'était lui que l'on traquait... Et dire qu'il n'était même pas protégé d'une cuirasse. Il se souvint de ce qu'il lui avait été donné d'entendre : « Dresses-toi, c'est ta dernière bataille triste sire, combats et luttes pour la possession de ton
âme ! »
... Mais il se dit qu'il ne fallait pas prendre ces propos au pied de la lettre, mais d'une manière plus générale, pas uniquement dans le cadre de la bataille du port.
Le traversa la pensée qu'en réalité tout ce qu'il vivait était étrange, comme faux, manigancé, et qu'au delà des intérêts d'instances supérieures déjà connues de lui – comme ceux des Seigneurs de la Loi ou du Chaos, voire ceux des Seigneurs Gris – , il y avait ceux d'une menace autrement plus pernicieuse et puissante mais qu'il avait pourtant largement côtoyé tout au long de ses longues existences... Une peur à la naissance jumelée à celle de l'Humanité, rongeant sans cesse en son sein et croissant à ses dépens, ennemie de l'harmonie...
« Houla, tu divagues, fou que tu es! »
En effet, l'étrange Melnibonéen se laissait porter par les évènements depuis quelques temps, et il lui apparaissait soudainement que son comportement se faisait plus ou moins tendancieux et peu pragmatique, selon les circonstances ; depuis qu'il était ici... Comme s'il n'était pas toujours pleinement conscient.


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# Posté le dimanche 27 avril 2008 04:19

Modifié le jeudi 01 mai 2008 05:07